Industrie du Gaming au Maroc : Trois questions à Karin Houpillart, directrice de l’École ISART DIGITAL

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Industrie du Gaming au Maroc : Trois questions à Karin Houpillart, directrice de l’École ISART DIGITAL

Le Maroc dispose d’atouts culturels, artistiques et historiques “indéniables” qui ne demandent qu’à être mis en scène sur le terrain du jeu vidéo, affirme dans un entretien avec la MAP, Karin Houplillart, Directrice et co-fondatrice de l’Ecole parisienne ISART DIGITAL, partenaire académique du programme de formation “Video Game Creator” à l’Université internationale de Rabat (UIR).

Pour elle, l’industrie du gaming s’érige en tant que vecteur d’investissement et de développement pour le rayonnement de la culture marocaine à l’international, à la faveur du grand essor que connaît le secteur des jeux vidéo à travers le monde.

1- L’industrie du gaming a connu un grand essor ces dernières années, comment expliquez-vous cette tendance, notamment au Maroc ? Et pourquoi les jeunes sont autant séduits par cette industrie ?

Il y a plusieurs aspects, déjà démographiques : le Maroc dispose d’une population jeune et on sait à quel point cette génération est sensible aux usages du numérique. La jeunesse marocaine, comme celle d’autres pays, s’est emparée de ces usages, le numérique fait partie du quotidien tout comme le e-sport et tout ce qui a trait au gaming.

Ensuite, le jeu vidéo est un des produits culturels qui a connu le plus grand essor dans le monde, et cela est également dû à sa grande accessibilité notamment sur les supports mobiles.

De nombreux jeux ont une dimension communautaire, ce qui tend à rassembler les joueurs et décloisonner les origines, c’est donc aussi un puissant outil de rapprochement culturel.

Les jeux compétitifs rencontrent un grand succès, et l’essor du e-sport et sa popularité auprès des jeunes est une des composantes du dynamisme de l’industrie du jeu vidéo.

2- Quelles sont les opportunités d’investissement que présente le secteur du gaming pour les entreprises et les start-ups, et comment peut-il s’ériger en un axe industriel à part entière ?

Ce secteur connaît un réalignement en termes de production et d’intégration des nouveaux outils, notamment l’Intelligence Artificielle (IA). C’est une industrie jeune, à peine plus de 40 ans, qui au fil du temps s’est continuellement transformée et continuera de le faire aux côtés des constructeurs hardware, des éditeurs de contenus de divertissements afin de proposer aux joueurs toujours plus d’innovations dans le divertissement.

Ce marché compte plus de 3 milliards de joueurs à travers le monde, on comprend alors aisément que les opportunités existent, il suffit de trouver le facteur différenciant pour sortir du lot et séduire le public. Le Maroc dispose d’atouts culturels, artistiques et historiques indéniables qui ne demandent qu’à être mis en scène sur le terrain du jeu vidéo.

Le public est toujours en quête de nouveauté, nous y voyons donc là un formidable vecteur d’investissement et de développement pour le rayonnement de la culture marocaine à l’international. Encore faut-il être en mesure d’internationaliser le produit, et c’est là tout l’enjeu pour les éditeurs et développeurs. Un sujet dont les jeunes créateurs marocains doivent absolument s’emparer s’ils veulent rayonner en dehors des frontières.

3- Comment est-ce que l’IA impacte l’industrie du gaming ? Et peut-elle menacer l’existence des métiers de ce secteur ?

En 40 ans, l’industrie s’est continuellement transformée, et l’IA est un exemple concret de cette évolution : des métiers seront amenés à disparaître, tandis que d’autres vont émerger, aussi faut-il être en capacité d’embrasser pleinement cette évolution.

L’IA n’est pas nouvelle en soit dans le jeu vidéo, elle fait même partie de ses débuts, en revanche l’IA Générative, elle, bouleverse les codes : les joueurs vont pouvoir bénéficier d’expériences personnalisées, ils pourront influer sur le déroulement de l’histoire, ou bien encore personnaliser de manière inédite leur apparence, leurs équipements…Le contenu des dialogues de certains jeux narratifs sont aussi touchés par cette personnalisation inédite qui s’adapteront aux réponses qui pourront être “promptées” par le joueur (et non plus restreinte à un choix limité type QCM) , tout comme les environnement qui pourront s’adapter en temps réel aux centres d’intérêt des joueurs…Cela soulève des questions non seulement technologiques, mais aussi RH car certains métiers vont être amenés à se redessiner.

Sans parler de l’aspect éthique en lien avec les aspects énergivores de ces technologies tout comme le volet juridique : de nouvelles spécialités en lien avec la régulation de ces usages vont voir le jour et ces sujets doivent être abordés dès la formation des étudiants afin que ces derniers puissent devenir des acteurs responsables et éclairés de cette évolution afin de ne pas aller “contre”, mais dans le bon sens.

MAP


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